le mythe du sahara marocain
05 Mai 2008
Il n'y a pas que l'homme qui peut être sujet à la mythomanie. Certains
pouvoirs politiques peuvent en être atteints. Le cas du pouvoir marocain
est, à ce titre, édifiant. Il croit à ses propres mensonges. Il est
persuadé
que le Sahara occidental lui appartient et croit sérieusement que la
communauté internationale le soutient dans ses fantasmes. Sinon, comment
expliquer sa satisfaction de la dernière résolution, de mercredi dernier,
du
Conseil de sécurité, la 1813, qui consacre clairement, noir sur blanc, le
droit inaliénable du peuple sahraoui à l'autodétermination? Comment
expliquer le contenu des manuels scolaires qui enseignent aux enfants
marocains que la révolution armée algérienne a été menée, pratiquement,
par
les Marocains et que l'Algérie a acquis son indépendance grâce au Maroc?
Plus grave, que l'Emir Abd El Kader a trahi le royaume? Le Maroc se ment à
lui-même. Au jour d'aujourd'hui, 80 pays reconnaissent la République arabe
sahraouie démocratique (Rasd) alors qu'il n'y a aucun pays au monde qui
reconnaît officiellement la marocanité du Sahara. Plus symptomatique, le
Palais royal négocie avec le Front Polisario, signe des accords, dont ceux
de Houston, par lesquels il s'engage au bout du processus à poser la
question aux sahraouis sur le choix de leur rattachement au Maroc ou de
leur
indépendance, puis renie tout et proclame que le Sahara ne peut être que
marocain. Avouons qu'il y a de quoi perdre sa raison. Sur les écrans de
télévision du monde entier, le Sahara occidental est montré comme pays
différent, ne faisant nullement partie du royaume. Y compris les chaînes
de
télé françaises, dont le gouvernement laisse croire au Maroc son propre
fantasme. Le pouvoir marocain laisse entendre que la quasi-majorité des
sahraouis sont pour le rattachement au royaume. Alors pourquoi craint-il
de
leur poser la question? Une simple question: êtes-vous pour le
rattachement
au Maroc ou pour l'indépendance? Le ridicule diplomatique marocain ne
s'arrête
pas là. Il s'emploie à impliquer l'Algérie comme partie prenante à part
entière dans le conflit qui l'oppose au Front Polisario. Il invite même
l'Algérie
à négocier directement avec lui pour, pratiquement, une partition du
Sahara
occidental. Terrible! Au début du mois d'avril dernier, les représentants
du
Front Polisario ont, avec l'aide d'un grand nombre d'associations
européennes amies et d'élus, passé trois jours à alerter les responsables
européens sur l'impatience des jeunes Sahraouis à en découdre, par les
armes, avec le Maroc. Le Polisario déploie beaucoup d'énergie à calmer la
fougue de sa jeunesse en mettant en avant sa confiance dans la communauté
internationale pour l'accompagner dans son processus de décolonisation.
Jusqu'à quand? L'histoire jugera les moments présents. Enfoncé dans sa
logique destructrice, le pouvoir marocain commet, encore aujourd'hui, une
autre calamité dont il sera difficile aux peuples marocain et algérien de
s'en
sortir sans dégâts: la haine de l'Algérien. La propagande du Palais royal
à
ce sujet est telle, qu'un récent sondage ****tant sur la première menace
qui
guette les Marocains a conclu: l'Algérie! Ce n'est ni l'emploi, la misère,
la maladie, l'injustice, la corruption, l'incertitude de l'avenir, non,
rien
de cela. La plus grande menace que craignent les Marocains est l'Algérie.
Rien que ça! Lorsqu'un jour la paix et la liberté s'installeront au Sahara
occidental, combien faudrait-il de générations de Marocains pour guérir du
syndrome algérien? L'obsession du Palais royal pour le Sahara lui fait
oublier que Ceuta et Melilla sont, elles, marocaines et occupées par
l'Espagne.
Il suffit de consulter les archives des Nations unies pour découvrir que
dans les années 60 et 70, le Maroc votait un référendum pour
l'indépendance
du Sahara, alors sous occupation espagnole. Où était le Palais royal en
1966, lorsque le Front Polisario fut créé et qu'il annonça le début de sa
lutte pour l'indépendance? Et puis, mercredi dernier, le vote de la
résolution 1813 du Conseil de sécurité a été unanime. C'est-à-dire votée
aussi par la France et les USA dont le Maroc s'enorgueillit de leur
soutien
dans son projet colonial. Pendant que le Palais royal dépense des
milliards
pour son occupation du Sahara, les Français, Américains et autres Belges
ont
fini d'acheter, pour une bouchée de pain, Marrakech, y compris le
patrimoine
de la vieille ville historique. Il est plus judicieux pour le Palais royal
de distinguer ses amis, de ses ennemis.
bouzinamed@[EMAIL PROTECTED]


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